dimanche 23 juillet 2017

Bad Romance (Céline Mancellon)

Tome 1

Le jour – ou plutôt la nuit – où Chris rencontre Kate, ça ne se passe pas vraiment dans les règles de l’art. Lui a beaucoup trop bu et s’est trompé de tente, et elle, furieuse, le menace carrément. Chris n’est pourtant pas vraiment le genre de mec à qui on cherche des emmerdes. D’ailleurs, lui et son mode de vie de bad boy représentent tout ce que Kate tente d’éviter : les problèmes, elle en a déjà assez avec la mort de sa mère et la responsabilité de sa petite sœur sur les bras. Mais c’est compter sans l’étrange attirance qu’ils ont immédiatement l’un pour l’autre, presque à leur corps défendant...

Parlons donc un peu d’une romance qui m’avait intriguée par son succès et son résumé, qui m’a au final vraiment surprise !

Kate est une jeune femme à qui la vie n’a pas forcément souri : occupée de s’occuper de sa petite sœur depuis le décès de sa mère, elle enchaîne les petits boulots sans chercher à voir plus loin. Lorsqu’elles filent en camping pour les vacances, elle est loin d’imaginer que sa rencontre assez épique avec Chris va complètement changer sa vie. Il est impétueux, bourré de défauts, infréquentable… et plein d’autres choses. Mais il pourrait bien être plus que cela, et elle pourrait bien lui apporter ce qui lui manque…

Quand j’ai vu le résumé de cette histoire et les avis plus que positifs dessus, je me suis fait la remarque que ça devait être une jolie romance, voire même plus. J’étais intriguée, un peu méfiante (comme toujours quand les gens aiment trop un roman), mais rien ne m’avait préparée à ce que j’allais lire.

Nous faisons la rencontre de Kate et Chris. Rencontre explosive et atypique entre deux caractères forts, chacun à leur manière. Attirance, proximité qui augmente… sentiments qui éclosent… et badaboum, les problèmes prennent consistance. Sauf que là, les problèmes que nous rencontrons ont une teneur assez particulière. Déjà, Chris fait vraiment partie de la catégorie « à ne surtout pas fréquenter, jamais de la vie, rentre chez toi ce sera vachement mieux », pas par choix, mais par obligation. Kate, elle, essaie de mener une vie droite, mais elle possède des liens dans son passé qui pourraient les freiner avec sa sœur. Mais par-dessus ça, le lecteur va découvrir un problème de taille et assez peu courant, qui va totalement transformer la relation que nous suivons.

Non, non, je ne dirai rien. Juste que ce point, abordant un passage difficile, un côté psychologique plus poussé, rare et compliqué, m’a franchement épatée. La dynamique du roman en devient toute autre, de même que la romance, qui gagne d’un seul coup en profondeur. Ce n’est plus seulement une histoire d’amour. C’est bien plus ! On sort du classique, il y a autre chose avec ! De fait, la richesse est au rendez-vous, et c’est ça qui pour moi est la petite note tip top du roman. En dehors de ça, le schéma reste assez  classique : un bad boy, une fille pas si sage mais qui se bat… on connaît. Mais pas comme ça.

Kate et Chris ont tous les deux de fichus caractères, que le lecteur appréciera de suivre. Chacun possède de nombreuses facettes qui se dévoilent au fur et à mesure de la lecture. Leurs répliques sont amusantes, même si elles relèvent souvent d’un langage un peu trop fleuri pour ma part. Ça fait partie de la dynamique du roman, aussi, et ça ajoute une sorte de réalisme appréciable aussi.

Le rythme du roman est prenant : tout monte en puissance avant d’éclater, et le lecteur ne redescend pas niveau tension après cet éclat. Non, pour une fois, tout retombe au dénouement, tranquillement. Céline Mancellon a décidé de faire redescendre la pression doucement, en pinçant sur les cordes nerveuses de ses lecteurs. Elle s’en sort plutôt bien, il faut l’avouer. Vous trouverez dans ce bouquin l’addiction propre aux romances, qui est presque un peu trop forte, ici, mais rondement menée. J’ai aimé la tournure plus calme que prend la fin du bouquin. J’aime mieux, même.

La plume de Céline Mancellon est très vive, elle sait faire affleurer les ressentis de ses personnages pour que le lecteur soit lui aussi à vif. Elle possède ce talent de narrer à la fois en homme et en femme, attribuant à chacun son caractère, modulant sa plume en fonction de chacun. C’est précieux ! Et ça rend, de fait, le récit plus vivant, plus accrocheur. On sent de même le travail, derrière, la recherche. Le livre repose sur de bonnes bases.

Niveau valeurs ? C’est une histoire d’amour, alors forcément, je vais vous dire que l’amour est au centre et peut tout surmonter. Mais je vais aussi vous dire que là, l’amour demande de la patience, du courage, qu’il peut être douloureux, mais que s’il est véritable, il durera. Le pardon est présent, l’humilité aussi, ainsi que le respect de l’autre, dans ses choix, même si la douleur est forte. Tout est très dense, en fait, et c’est beau.

En conclusion, Bad Romance aura été une chouette découverte pour moi. Si la romance n’est pas un coup de cœur, elle représente une sacrée surprise par la touche novatrice qu’elle aborde, par la profondeur que cela engendre dans la relation. Céline Mancellon a joué un bel atout, et elle nous a offert une romance qui sort des sentiers battus, en reprenant des codes que nous connaissons. Ses personnages sont forts, les répliques fusent, et leur histoire est addictive. Au final, c’est dense et plutôt beau. Si vous ne l’avez pas encore lu, n’hésitez plus ! Ce sera un 17/20 pour moi !

mardi 11 juillet 2017

Because of You (Juliette Bonte)

Ils n’étaient pas censés s’aimer…
Dès leur première rencontre, une complicité naturelle les relie.
Dès leur premier fou rire, leur amitié devient une évidence.
Mais, lorsque le désir s’immisce entre eux, tout se complique…
Depuis qu’elle a menacé Luke avec une fourchette lors de leur première rencontre – épique –, Allison le considère très naturellement comme son meilleur ami. Il aime se moquer de son obsession pour les cookies maison et de sa façon de manger les hot-dogs ; elle adore l’écouter parler d’architecture et le remettre à sa place. Mais plus ils passent du temps ensemble, et plus Allison prend conscience que Luke est bien plus qu’un ami… À ses côtés, elle découvre de nouveaux sentiments, plus intenses, plus troublants. Des sentiments qu’elle ne devrait pas éprouver. Car Luke est le seul homme qu’elle n’a pas le droit d’aimer.

Aujourd’hui, je vous propose de revenir sur une romance qui m’a rivée à ma liseuse !

Because of You nous embarque à New York, auprès d’Allison, qui mène une petite vie tranquille avec un petit boulot dans un café, et un copain… un peu particulier. Leur relation patine depuis quelques mois, mais elle y croit. Lorsqu’elle fait la rencontre de Luke, Allison trouve en lui un ami avec du répondant, un ami intéressant, bref, un véritable ami, sans que ça aille plus loin. Elle ignore tout à fait que cette relation pourrait prendre un tour inattendu… et pourtant, et pourtant…

Je sais. Oui, je sais pertinemment que mon résumé est grave pourri et qu’il ne rend pas le moins du monde justice au superbe roman qu’est Because of You. Ce n’est un secret pour personne : Juliette Bonte écrit très bien, ses romans sont intéressants, originaux, et elle possède un petit grain de folie et d’humour qui rend ses histoires et ses personnages attachants. Une fois encore, elle nous joue ce tour avec sa plume de Pan (comment ça, c’est une flûte, normalement ?), et elle s’en sort avec brio !

Très vite, en commençant le roman, on constate la fraîcheur du caractère d’Allison : elle est entière, pleine de douceur et d’innocence, et en même temps, il y a beaucoup de caractère et de détermination en elle. Je pense que beaucoup d’entre nous pourrons se retrouver en elle. En plus de ça, elle est vraiment naturelle, spontanée, et elle représente, je pense, une amie qu’on aimerait bien côtoyer en réalité.
Les autres personnages du roman sont vraiment sympas aussi. Évidemment, il y a Luke, qui, s’il ne m’a pas fait totalement craquer, a fait fondre mon petit cœur en chocolat. Je l’ai trouvé très mignon, très naturel aussi, et je salue le talent de Juliette qui a réussi à se mettre dans la tête d’un gars. Bien joué !

Ce qu’il y a de très cool dans ce roman, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’amour. Ça parle d’amitié, d’évolution de relation (parce qu’on démarre avec une Allison qui est déjà en couple avec un gars, aussi), et de New York. Oui, j’avoue, j’aime terriblement les romances qui ne tournent pas essentiellement autour de l’histoire d’amour, mais qui possèdent un vrai fond, un vrai contenu qui nous apprend des choses, nous fascine, et là, j’ai aimé mon voyage dans la Grosse Pomme. C’est un point à retenir, parce que loin d’être attirée par les USA comme beaucoup d’entre nous – question voyages, en tout cas – je suis plutôt frileuse avec ça. Mais là, non, c’était à l’image des personnages et des romans de Juliette : frais.

Un autre point à mémoriser et à noter ici, c’est l’humour. Les joutes verbales entre Allison et Luke sont assez épiques, et j’avoue avoir beaucoup apprécié ça. Les dialogues sont fondamentaux dans ce genre d’histoire, et sans s’embarrasser de chichis, Juliette Bonte a su établir une bonne note de réalisme avec une grosse dose de dynamique et d’humour. C’est tellement cool, de lire des romans comme celui-ci !

Niveau rythme et addictivité ? Laissez tomber : une fois que vous avez mis le nez dedans, j’espère que vous avez plusieurs heures devant vous et pas de nuit à dormir, parce que sinon, c’est foutu ! Vous allez rester rivés à votre tablette ! (et peut-être un jour à votre livre papier, puisque Mon ex, sa copine, mon faux mec et moi sortira fin 2017 en format papier ! Donc on peut y croire !) C’est prenant, envoûtant, et même si je regrette (« comme d’habituuuuuude.. ») d’avoir croisé un peu trop d’éléments osés dans ma lecture, je ne peux pas en faire le reproche ici : tout a émané l’amour et le respect. Ça, c’est un méga, giga point important.

La plume ? Je crois que j’en ai déjà pas mal écrit. C’est vraiment très fluide, on se laisse porter, on fait défiler les pages (jamais assez vite, un truc de dingue !), en savourant les répliques, en s’immergeant dans cette belle histoire qu’est celle d’Allison et Luke. C’est frais, c’est drôle, sans prise de tête, avec des sujets toutefois sérieux et… encore une fois, une transcription réaliste des pensées d’un mec, sans que cela devienne grossier (bon, parfois un peu, mais jamais irrespectueux). Du réalisme comme on aime !

À propos des valeurs… Allison est un bel hymne à ce que nous devrions toutes penser, en tant que femmes : soyons naturelles et nous-mêmes. La façon dont Luke la regarde est si belle, même quand elle n’est pas maquillée, et je crois que c’est un élément à vraiment garder. La façon dont est traitée la première relation d’Allison a aussi de quoi faire réfléchir, je pense, et à inviter chacun à parfois prendre du recul. Bon, il y a d’autres choses aussi, mais on retiendra aussi que l’amour est là, et qu’on peut y croire ! (même quand ça parait impossible. Même.)

En fin de compte, Because of You est un excellent roman qui fera passer un excellent moment à tous ceux qui voudront bien se laisser tenter par lui. La romance n’est pas le seul point intéressant de l’intrigue, les personnages sont riches, frais, et la dynamique qui existe entre eux nous les rend proches, et attachants. Derrière tout ça se cachent des thématiques plus difficiles, traitées sans pesanteur, avec justesse, au milieu d’un tout qui se présente comme très frais, addictif et fluide. En bref, c’était trop bien et ça vaut tellement le coup d’être lu ! Foncez, sérieux ! Ce sera un 18/20 pour moi et je le recommande plutôt deux fois qu’une !

dimanche 9 juillet 2017

Raison et Sentiments (Jane Austen)

Raison et sentiments sont joués par deux soeurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

Revenons un peu sur un roman qui m’a dépaysée et m’a fait prendre mon temps après une déception livresque !

Raison et Sentiments nous emporte auprès de deux sœurs : Elinor et Marianne Dashwood, que tout oppose dans le caractère. Elinor est posée, réfléchie, et incarne la raison, tandis que Marianne se laisse aller à ses penchants, ses émotions, et représente donc les sentiments. Toutes deux sont en âge de se marier, mais leurs inclinaisons à toutes deux pourraient bien souffrir des difficultés insoupçonnées…

J’ai craqué pour l’édition collector de ce roman, qui me permet de découvrir un autre récit d’une auteur que j’aime beaucoup. Bien sûr, je n’avais lu qu’Orgueil et Préjugés avant, mais Jane Austen m’avait marquée par la vivacité de son style, par l’histoire prenante et par tout, en fait. C’est encore le cas ici !

Dans cette histoire qui suit les codes et le rythme de la société britannique du 19ème siècle, nous suivons l’évolution des amours des sœurs Dashwood, au cœur de leur vie quotidienne et mondaine. Il ne faut pas ici s’attendre à ce que tout aille vite, bien au contraire, mais une fois que nous avons réussi à nous couler dans le moule de l’époque, on se laisse porter par la plume dynamique de Jane Austen, et on se met à côtoyer avec plus ou moins de sympathie plusieurs personnages.

Elinor et Marianne sont bien entendu les protagonistes du récit, et si elles m’ont toutes deux plu, j’avoue avoir une préférence pour la première, qui est aussi l’aînée. Je me suis plus retrouvée en elle, dans cette femme qui intériorise énormément mais n’en ressent pas moins que Marianne, qui, elle, a de plus fortes expressions. Cela étant, les deux vont souffrir de leurs propres caractères et des conséquences que cela engendre. À ne rien montrer, on peut envoyer des signaux contradictoires, et à tout montrer ou presque, on prend des risques que nous n’avions pas imaginés. Ces deux femmes sont fascinantes, notamment aussi par tout ce qui les lie : leur amour fraternel est touchant de bien des façons.

D’autres personnages gravitent autour d’elle, les prétendants (dont je tairai les noms), leur mère, leur frère et leur belle-sœur, leurs amis… toute une société, en vérité. Bien sûr, aucun d’eux ne peut nous laisser indifférent : Jane Austen joue trop bien avec sa plume et les lecteurs que nous sommes pour cela ! Laissez-moi d’ailleurs vous dire qu’il y a des baffes et des secouades qui se perdent, dans ce vaste monde de la littérature. Oui, même dans les classiques ! (surtout dans les classiques. Il n’y a qu’à lire Autant en emporte le vent, pour s’en rendre compte. Bref.)

Dans toute cette fresque humaine, on retrouve de tout, mais surtout on retrouve un méli-mélo de réactions aux évènements tout à fait fascinant. Rien qu’Elinor et Marianne offrent deux tableaux vraiment intéressants face au même élément. Il y a vraiment une richesse du récit, de la psychologie de chacun, qui rend ce récit terriblement réaliste et prenant malgré son rythme ralenti.

Attention, je ne dis pas qu’il y a des longueurs. Je dis que chaque chose va comme ça allait à l’époque : ce n’est pas un roman qu’on dévore comme on dévorerait une romance contemporaine. Il se savoure ! On suit les personnages, en s’impliquant tout de même un peu, et on observe ce qui se passe. Ceci est le grand talent de Jane Austen : installer le lecteur devant son histoire et la lui partager pour qu’il oublie le monde, même si tout ne va pas aussi vite qu’on en a l’habitude.

En elle-même, l’histoire est tout à fait intéressante : les évènements qui interfèrent dans les souhaits et les prévisions des jeunes femmes (et de leurs entourages, souvent) rendent le tout savoureux et « l’aventure » assez croustillante. De fait, les rebondissements sont assez recherchés et correspondent à des remous assez puissants pour l’époque. Mais nous, on aime !

Que vous dire de plus ? Il est difficile d’en dire trop sur ce roman qui possède cependant énormément de qualités. Ce n’est pas un bouquin dont on peut énumérer tous les points positifs comme ça, c’est un roman qui s’apprécie sur l’instant, et bien après. On en goûte la richesse encore longtemps ! La plume de Jane Austen est vive, précise, et elle sait parfaitement cerner les caractères de ses personnages avec des mots ajustés. On s’y voit, on est dedans et ça fait un bien fou !

Autre chose qui fait du bien dans cette lecture : les valeurs. Avec Elinor qui fait prôner sa raison avant toute chose, mais aussi et surtout beaucoup de générosité et de douceur, de miséricorde et de sensibilité à l’autre, il y a déjà de quoi faire. Mais si on ajoute Marianne, qui malgré ses sentiments qui peuvent la renfermer sur elle, ajoute une toute de vie et de joie au récit, en plus d’une véritable évolution vers la maturité ? Je n’aurai bientôt plus assez de place pour terminer ma chronique ! Ces deux sœurs démontrent chacune à leur façon une force de caractère que nous aimerions tous posséder !

En fin de compte, Raison et Sentiments aura été une très, très chouette découverte pour moi. C’était totalement différent d’Orgueil et Préjugés, et j’en suis bien heureuse, parce que comme ça, la comparaison ne s’effectue pas. Elinor et Marianne sont deux sœurs fascinantes, opposées mais auxquelles on s’attache très vite, et on prend part à leur histoire. Jane Austen possède une plume très vive, qui sait croquer des situations et des personnages en quelques mots avec habileté et justesse, peignant une intrigue aux remous surprenants, mais… qu’on ne peut qu’apprécier !
Ce sera donc un 17/20 pour moi et je vous recommande chaudement ce classique !